Les locaux du Musée du Ponant à Saint-Renan, entre Histoire et Patrimoine...

premier diagnostic élaboré en collaboration avec Marie Berthou, 

 enquêtrice au Service de l’Inventaire en Bretagne (ER).

 

Le Musée du Ponant (Mirdi ar c’huzh-heol) occupe une ancienne maison de maître au n16 de la rue Saint-Mathieu à Saint-Renan. De l’extérieur, le bâtiment ne semble pas présenter de caractère particulier. Il offre pourtant un intérêt patrimonial certain, dû à des particularités architecturales insoupçonnées du dehors. De plus, son histoire est intimement liée à celle de la ville...

 

Une maison qui témoigne de l’histoire de Saint-Renan

 

L’un des intérêts de l’édifice est son histoire, bien connue dans l’Histoire. Les archives font connaître tous ses propriétaires successifs, dont les noms sont étroitement liés à la mémoire de Saint-Renan et des environs. À la fin du XVIIIe siècle, le constructeur présumé de la maison, receveur fiscal d’une puissante famille noble, descendait d’une lignée connue depuis le Moyen Âge. Après la Révolution, elle fut possédée par certaines des plus hautes respectabilités locales, une lignée de notaires, plusieurs négociants et un édile de Saint-Renan, François Le Vessel, maire de 1809 à 1840. Plus récemment, le bâtiment fut possédé par la paroisse. Loué par la municipalité en 1980, le Musée d’histoire locale y fut inauguré l’année suivante, et il abrita également diverses activités récréatives et culturelles. Le bâtiment fut racheté par la commune en 1983.

 

 

Un réel intérêt architectural et patrimonial

 

La construction du bâtiment peut être formellement datée de 1782, comme en atteste le millésime gravé sur une pierre surmontant la porte d’entrée. À l’intérieur, plusieurs élémentss présentent un réel intérêt architectural et patrimonial. Si quelques pièces ont subi des remaniements, d’autres sont dans un état proche de celui d’origine. Il faut en particulier remarquer une salle dotée d’une cheminée de dimensions tout à fait impressionnantes, comparable à celles des plus grands manoirs en Léon aux XVIIe-XVIIIe siècles. Son parfait état d’authenticité et de conservation (linteau et manteau non fendus), la qualité de sa finition (arêtes vives, mouluration en quart-de-rond des montants) en font sans conteste l’une des plus belles cheminées conservée dans une demeure bourgeoise avant 1789 en Léon. On relèvera également la hauteur peu commune des ouvertures (baies et communications), qui atteste un parti ambitieux en milieu urbain. La cave, sur sol au niveau d’origine, est digne d’intérêt : ses soupiraux sont encore dotés de barreaux métalliques à crochets alternés qui remontent au moins au XIXe siècle. Lors de la rénovation du musée, on prendra garde également de préserver certains éléments à l’étage dans les parties aujourd’hui dévolues aux réserves, notamment un escalier à balustre et main courante, de circulation très commode. On émet le souhait de conserver au moins une pièce entièrement lambrissée, qui évoquerait ainsi aux visiteurs les origines du bâtiment. Au dernier niveau, il faut mentionner la charpente, montée avec soin. Il serait judicieux d’en conserver les parties pouvant l’être, ou à défaut, de déposer les fermes et poutres en bon état, afin de justifier de l’état ancien de cette partie du bâtiment. On notera aussi la bonne facture des souches de cheminée.

 

Enfin, certains remaniements eux-mêmes mériteraient d’être mis en valeur, parmi lesquels une porte murée, dont les piédroits moulurés indiquent sans doute un réemploi d’éléments anciens, peut-être antérieurs à la fin XVIIIe siècle.

 

Liste des propriétaires successifs de l'hôtel particulier abritant le Musée

 

De 1782 à 1791 environ :

  - Louis-Ollivier de Trogoff de Coatalio (1736-1791), écuyer, commissaire du Roy au district de Lesneven avocat au service du seigneur de Keroulas, receveur du marquis de Roquelaure, seigneur de Kergroadez ; et son épouse : Marie-Anne-Louise Labbé de Penanlen.

 

De 1791 environ à 1807 :

- Michel Pellegrin, capitaine de vaisseau ; et son épouse Marie-Françoise Le Vacher de Vaubrun.

 

De 1807 à 1841 : 

François Le Vessel (1775-1841), notaire, maire de Saint-Renan de 1809 à 1840 ; et son épouse Julie Corric.

 

De 1841 à 1883 (par succession) :

- Charles-Yvon Deminiac (1802-1883), avocat et notaire ; et son épouse Hortense Le Vessel (1809-1875).

- Elisabeth-Grégoire de Guermarquer (+ 1901), veuve de Julien Deminiac (1815-1891), notaire. 

 

De 1883 à 1912 :

- Edouard Bouvet de La Maisonneuve (1845-1909), négociant ; et son épouse Valentine-Charlotte Le Fer de La Motte (+ 1901).

 

De 1912 à 1956 :

- Jean-Marie Tuarze (1858-1937), gendarme puis chapelier ; et son épouse Marie-Laurence Balch.

 

De 1956 à 1973 : 

- Société Civile Immobilière de Saint-Renan (siège au presbytère), dissoute en 1973.

 

De 1973 à 1983 :

- Association diocésaine de Quimper. De 1980 à 1983, le bâtiment est loué par la commune de Saint-Renan. Le Musée d'histoire locale est inauguré le 22 juillet 1981.

 

De 1983 à aujourd'hui :

- La commune de Saint-Renan, après achat à l’Association diocésaine de Quimper.

 

 

 

Rédacteurs de la notice :

Jos Saliou (pour la recherché historique)

Paul-François Broucke (pour l’aspect patrimonial)                Janvier- Juin 2012